Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/17

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nement important ne la détermina. Avais-je senti au fond de moi que l’heure était venue de rompre avec mes mélancolies juvéniles et d’ensoleiller les brumes de mes rêveries ? Je viens d’imaginer qu’une voix m’avait parlé et qu’un ordre m’avait été donné. Ce n’est là qu’un artifice dont je me repens d’avoir usé. Il n’est pas dans le ton que je voudrais à ces pages d’où je souhaiterais bannir toute emphase. Je ne céderai pas non plus à la tentation d’inventer à ce voyage des raisons romanesques et des circonstances lyriques. Il n’eut rien d’une aventure et n’en comporta aucune. Il ne fut que le délassement d’un jeune homme, heureux de ses premières libertés et qui éprouve pour la première fois le plaisir d’être livré à lui-même et maître de son temps et de sa route. Ce fut ainsi que je partis, par un beau mois de septembre. J’emportais avec moi le modeste bagage de l’étudiant : des hardes et quelques livres. Donc, à la main, une valise ; dans l’esprit, écho de récentes lectures, de sonores noms de villes et de lieux ; au cœur, cette légère palpitation qui l’émeut devant l’inconnu. Ce fut ainsi que je partis, en ce septembre du temps de ma jeunesse, pour aller vers le soleil, vers la mer, non vers celle que l’on ne voyait pas, de la maison où j’étais né, mais vers une