Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/18

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autre mer où je pressentais obscurément que je naîtrais à ma vraie vie.

Je me souviens qu’à peine installé dans le wagon, j’ai déployé la carte que j’avais emportée avec moi. J’étais assis entre un vieux monsieur et une respectable dame qui me regardaient avec une certaine considération. À leurs yeux je représentais le voyageur, non pas celui qui se rend, pour ses affaires d’intérêt ou de famille, d’une ville à une autre, mais le voyageur qui voyage pour son plaisir et à sa fantaisie, et qui part peut-être pour un pays lointain d’où il ne reviendra peut-être jamais. Aussi éprouvaient-ils pour moi un mélange de respect et de commisération. Sans doute eus-je perdu pour eux un peu de mon prestige s’ils avaient deviné que je m’arrêtais à Lyon. Heureusement, avant qu’on y arrivât, ils descendirent du train à un arrêt en jetant à ma jeunesse aventureuse un regard d’encouragement et de sympathie.

J’avais choisi Lyon comme première étape. Je comptais y dire adieu aux bruines avant de pénétrer dans les régions de la lumière et dans les pays du soleil. Lyon n’est-il pas la ville des brouillards ? Des eaux conjointes de