Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/192

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château des Chevaliers dresse la blancheur de marbre de ses murailles et de ses tours. Quels fantômes vaporeux emprisonne-t-il en ses chambres enchantées ? Allons-nous voir se pencher à ses créneaux quelque ombre captive ? Tout est possible par une nuit merveilleuse comme celle qui nous environne de ses prestiges et de son silence.

Soudain nous y percevons un léger bruit de rames. C’est une barque qui vient à nous et s’approche avec précaution. Les avirons s’enfoncent dans l’eau avec prudence. La barque ne porte aucun feu. Elle longe maintenant la base du château des Chevaliers. Nous distinguons qu’elle est montée par deux hommes, l’un qui rame, l’autre qui gouverne. On dirait qu’ils s’éloignent, mais non, voici que, vivement, la barque vient se ranger au flanc du yacht. La voix du matelot de quart interpelle ces survenants. Un bref colloque, et le matelot vient nous dire que ces gens désirent nous parler. Que veulent ces intrus ? Pourquoi troublent-ils de leur présence cette belle nuit de rêverie silencieuse ? Enfin !

Ils sont devant nous. L’un est un grand gaillard barbu, d’une cinquantaine d’années. Il est vêtu d’une espèce de redingote et chaussé d’espadrilles. L’autre, plus jeune, est un pêcheur d’aspect misérable. Il a les pieds nus.