Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/197

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


à l’église ou au mail et sont habitées par de petits rentiers ou des fonctionnaires en retraite, mais celle-ci a cependant on ne sait quoi d’étrange. Elle a un air de noblesse qui lui vient de blasons sculptés au-dessus des portes. Où sommes-nous ? Nous sommes à Rhodes, dans la rue des Chevaliers. Sur un des écussons je distingue le dextrochère chargé d’un manipule que portait dans ses armoiries, Villiers de l’Isle-Adam, grand maître de l’Ordre militaire et hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, le défenseur de Rhodes contre les Infidèles, lors du dernier siège que soutinrent contre les Turcs les Chevaliers. C’était de ces maisons qu’ils sortaient pour aller aux remparts croiser l’épée contre le cimeterre et mourir sous les flèches sarrazines et il me semble voir leurs ombres guerrières debout au seuil des portes qu’elles ne devaient plus franchir et au-dessus desquelles se lisent encore dans la pierre les pièces et les figures de leurs blasons.




Le port de Rhodes est très animé. Barques, tartanes, petits caboteurs. On décharge des fruits, des ballots, des barils, des caisses. Ce fut dans ce port que s’embarquèrent les Chevaliers lorsqu’ils abandonnèrent l’île de Rho-