Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/223

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yacht navigue lentement sur ses eaux plates. Parfois s’élève au ciel le vol d’une troupe de flamants roses. Enfin Velleda vient s’amarrer au quai. Ce premier aspect de Tunis n’est pas très séduisant, malgré le large boulevard qui nous offre ses trottoirs et ses magasins. Une odeur empestée emplit et corrompt l’air, une odeur fétide et bitumineuse, venue de la Lagune. Cependant cette fâcheuse impression se dissipe, à mesure que nous quittons les quartiers européens pour les quartiers arabes. Là, nous errons dans des ruelles pittoresques, entre des murs blanchis à la chaux où s’ouvrent des portes mystérieuses. Des passages étroits font communiquer entre elles les rues anguleuses qui parfois aboutissent à des impasses, parfois à de petites places, animées d’étalages en plein vent et de cafés. On y croise des Tunisiens en gandoura, coiffés de la chéchia, des Arabes drapés dans leurs burnous de laine blanche, des juives grasses, aux vestes soutachées ou pailletées et qui enferment leurs formes opulentes en des culottes bouffantes, d’un rose fané ou d’un vert pistache. Quelques-unes de ces juives sont belles en leurs oripeaux de soie ou de satin qu’ennoblissent leurs beaux yeux de Sulamites. Parfois, au détour d’une ruelle, une bouffée de musique ou un colloque de voix rauques. Dans