Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/244

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coquettes comme des coffrets à bijoux. J’y sais un cloître où une fontaine coule dans une vasque moussue et une chapelle où, derrière une grille sévère, souffre, parmi les cierges, un Christ enjuponné et saignant. C’était dans une ville qui est aussi un grand port où les steamers font escale et d’où partent des paquebots pour de longs voyages, où l’odeur des huiles chaudes se mêle à l’odeur du goudron, où le grattouillement des guitares raille le cri désespéré des sirènes. Ce fut un soir qu’il vint à moi...

J’étais allé passer la journée dans un noble jardin solitaire, planté de cyprès et qui superpose ses terrasses et ses bassins au flanc d’une colline dominant la grande ville et d’où la vue s’étend au loin sur la mer. Je m’en revenais le cœur plein de la nostalgie du voyage et c’est alors que s’est approché de moi le Magicien.

— Pourquoi, m’a-t-il dit, renonces-tu à mes plaisirs ? Est-ce parce que tes cheveux sont blancs, que ton corps s’est alourdi, que tes membres sont moins agiles ? Crois-tu donc que tu ne pourrais plus goûter les joies de la mer et du ciel, la nouveauté des horizons, que tu ne respirerais plus avec la même ivresse que jadis les souffles du large ? Crois-tu donc que tes yeux ne sauraient plus voir ? Songe aux délices du départ, lorsque le pied foule