Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/31

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débordants, son magnifique décor de cité marine, sa forte, son éloquente, sa grouillante beauté.

Beauté de Marseille, je t’ai aimée passionnément en ces jours de flânerie heureuse où j’errais, délivré d’un ancien moi-même, dans l’allégresse de ton soleil, dans l’ivresse de ton air salin !

Du rocher de la Garde je suis descendu vers la ville et je l’ai parcourue en tous sens. Elle a ses quartiers solitaires où l’existence se fait modeste et retirée. De bonnes gens s’y montrent sur d’humbles seuils, de bons visages apparaissent à d’étroites fenêtres, mais c’est ailleurs que je la préfère, en ses larges voies commerçantes où s’alignent les magasins, les banques, les bureaux, les cafés, là où l’on vend, où l’on calcule, où l’on spécule, où l’on griffonne, où l’on parle ; là où la vie est sonore, où tout est négoce, industrie, affaires, où tout est gestes et palabres. De ces voies, il en est une, célèbre dans le monde entier, d’où tout part et où tout aboutit, qui est populeuse, congestionnée, qui se vide et s’emplit sans cesse, qui absorbe et qui dégorge son flot vivant vers le Vieux Port, ses quais, ses coques, ses mâtures, ses câbles, ses