Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/38

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inondées qui s’étendent aurifiées et doucement mirantes.




... Plus tard, un oiseau a gémi dans l’ombre. Je ne le voyais pas et j’écoutais par la fenêtre ouverte son cri nocturne, très doux, un peu lourd, comme des gouttes opiacées tombant, une à une, sur un marbre qui aurait été mou. C’était je ne sais quoi d’ensommeillé, de lointain, ce roucoulement solitaire de bête qu’on imaginait autant velue qu’emplumée, osseuse et cartilagineuse, un peu sourde et presque aveugle.




Le ciel est gris et bas. Dans l’air moite les arbres sont de tous les jaunes comme si les feuilles exsudaient l’or de tous les soleils bus l’été par leur verdure et réapparus en leur décrépitude. Pas un souffle ; et ces feuilles se détachent d’elles-mêmes et tombent, indifférentes et superflues, lourdes de leur couleur dorée, peu à peu, dans l’heure stupéfaite de silence et de mélancolie.