Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/39

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Un vent brusque secoue les deux hêtres pourpres en face de la maison. Leurs feuilles de laque carminée se rebroussent, et les arbres rougeâtres ont, dans leur couleur vineuse et virulente, une colère, comme le reflet et le mouvement d’une colère. Chaque feuille qui tremble ajoute une délicatesse au murmure total qui s’enjolive, se cisèle, se termine en chantantes rumeurs d’abeilles. On entend le vent venir de très loin, du fond du bois ; puis sa masse aérienne se dédouble, s’éparpille ; il en reste un peu à chaque cime et elle finit au bout de quelque branche dans une feuille qui palpite. Le vent va vraiment d’arbre en arbre ; il a un toucher, il anime un feuillage ou une touffe. Tour à tour, vaste et précis, il a des minuties étonnantes et, parfois, un brin d’herbe, qui seul vacille, semble occuper toute sa force qui se fait méticuleuse...