Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/44

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


tième année. Depuis lors du temps a passé et bien des aspects du monde se sont révélés à mes yeux qui, alors, ignoraient tout. La belle Italie m’a laissé entrevoir ses trésors. À Venise mes pas ont foulé les dalles de la place Saint-Marc. J’ai déchiffré le labyrynthe de ses calli et de ses canaux ; j’ai abordé aux îles de sa Lagune et il m’a fallu m’arracher à son sortilège pour aller goûter les fières joies de Florence et les austères grandeurs de Rome. D’au delà des mers, la lointaine Amérique m’a appelé à elle. J’ai erré à New-York de « blocs » en « blocs » ; à Chicago, j’ai vu la neige tomber du ciel charbonneux ; à San-Francisco j’ai salué le printemps californien. Après avoir traversé l’étendue de l’Atlantique, j’ai franchi les vastes espaces terrestres qui le séparent du Pacifique. Au retour la Nouvelle-Orléans m’attendait, douce encore d’avoir été française, dans les boues de son delta. Mais, après tant de lieues et tant de milles parcourus, avec quelle joie j’ai vu briller dans la nuit marine les premiers feux qui annonçaient l’approche de la terre de France d’où je vais m’éloigner tout à l’heure avec l’avide curiosité des contrées nouvelles dont j’ai longtemps rêvé et dont le désir tourmentait mes songes vagabonds…