Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/45

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Nous voici tous maintenant réunis à bord du yacht. Les oisifs massés sur le quai échangent leurs réflexions, ponctuées parfois d’un rire ou d’un juron. Les blancs matelots vont et viennent et gagnent leurs postes. Les amarres qu’on largue raclent la pierre chaude du quai. Le commandant est monté sur la passerelle. Le pilote a pris place à ses côtés. Des ordres brefs se mêlent à des sonneries. Le sifflet du quartier-maître cingle l’air. L’hélice donne ses premiers tours. Insensiblement le yacht se met en mouvement. Soudain la sirène lance son mugissement. On part. On est parti. Nous avançons lentement sur les eaux encombrées du Vieux Port. Peu à peu la pointe du Pharo et la vieille tour du Fort Saint-Jean se rapprochent de nous et semblent s’écarter l’une de l’autre. Entre elles un espace libre apparaît, d’un bleu qui se dore. C’est la haute mer. L’étrave coupe ses premières ondulations. Une vive brise me touche au visage. Il est six heures. La vitesse augmente ; le vent aussi. Nous dépassons le château d’If. Le roulis s’accentue. Le bleu du flot s’argente de brèves écumes autour des îles Pomègue et Ratonneau. Marseille a disparu : nous longeons la côte. Le yacht a mis le cap vers la Corse. Nous sommes en mer... Le plus beau, le plus chaud, le plus doux des cré-