Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/47

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matin, dès l’aube, j’ai entendu ruisseler l’eau dont on l’inondait pour le laver furieusement, car laver et astiquer sont les principales préoccupations du bord. Le bois, les cuivres y sont d’une propreté méticuleuse. Je m’en suis aperçu en rôdant dans ma nouvelle demeure marine, un beau yacht de 800 tonneaux où sont rassemblées toutes les conditions d’un luxueux confort. Les cabines, pourvues chacune de sa salle de bain, sont commodément et élégamment aménagées. Tout y est fixé, encastré, agencé, de façon à défier les surprises du roulis et du tangage, car, même dans la belle saison, la Méditerranée n’est pas sans caprices, sans humeurs et même sans colères. Aujourd’hui elle n’est que caresses sous un joyeux soleil qui chauffe la toile tendue des tentes. Elles abritent pour le moment à l’arrière un concile de fauteuils d’osier à coussins multicolores et de chaises longues paresseusement alanguies. Personne encore dans la salle à manger vide avec sa grande table en acajou massif, son dressoir où luisent des argenteries anglaises, ses fenêtres ouvertes où l’air fait palpiter des rideaux légers. Personne non plus dans le salon, avec ses meubles aux formes nettes, ses divans, ses bibliothèques bien fournies, ses tapis d’Orient, jetés çà et là, comme pour annoncer les beaux pays vers