Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/6

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tantôt nous permettent d’être où nous voudrions, mais la liberté n’a-t-elle pas ses contraintes et est-il si facile qu’on le croit de disposer de soi-même et d’amener à l’entente son désir et sa volonté ? Il faut, pour que cet accord se produise, l’intervention d’une puissance mystérieuse qui nous convainque que l’heure est venue de ne pas tarder davantage à nous résoudre à ce que rien ne nous oblige de différer, sinon l’obscure appréhension que l’accomplissement d’un dessein longtemps remis à demain nous prive du plaisir de le tenir en réserve pour une occasion indéterminée, car on redoute malgré soi de raviver des réalités dont on a fait des songes et n’est-ce pas aux résurrections du souvenir qu’il me faudra confier les images que je vais demander au passé ?

Nous sommes ainsi faits. Cependant, nous disons-nous, est-il si prudent de tergiverser ainsi et ne risquons-nous pas, à force d’atermoiements, de n’être plus, un jour, en état de donner au souvenir le solide et vivant appui des réalités dont il est le dépositaire et dont il doit être l’interprète ? N’est-il pas un moment où nous serons incapables de lui fournir la matière qu’il lui appartient de mettre en jeu ? N’en est-il pas un autre, au contraire, qui sera spécialement propice à ce qu’il sai-