Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/66

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nobles colonnes et leurs nobles proportions, leur beauté à la fois, si l’on peut dire, mathématique et poétique, leur matière comme vivante, que le temps a royalement parachevée, que la lumière a dorée et où se sont incrustées de fines pétrifications de joncs et d’algues, leur matière à la fois apollonienne et neptunienne, solaire et marine, qui a gardé la couleur des épis et des grèves. Ils sont les trois strophes de l’hymne que chante Pestum et où s’unissent les noms divins de Cérès et de Neptune. Quand on en a entendu l’harmonie le souvenir en garde à jamais le triple écho où se perpétue la voix immortelle qui, partie des rivages de la Grèce, vibre encore dans les champs de la Campanie. Pour mieux l’écouter, nous nous sommes assis à l’ombre dorique des hautes colonnes. Sur la pierre chaude couraient de vifs lézards qui, sortis des fissures des blocs disjoints, y disparaissaient à la moindre alerte. Autour de nous des abeilles bourdonnaient dans l’air sonore. A nos pieds des acanthes recourbaient leurs feuilles puissantes. Seules manquaient les roses du poète. Nous ne pouvions dire comme lui :

Vidi pestano gaudere rosaria cultu

Nous avons repassé la Porte de la Mer. Nos