Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/77

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divine lumière qui semble faite de sa présence invisible, le souvenir de son visage immortel. Une tragédie se joue encore sur le théâtre de Taormina : celle du silence dans la solitude...




Nous naviguons maintenant sur la mer Ionienne en longeant la côte d’assez près. Peu à peu les hautes pentes de l’Etna se sont éloignées. Nous avons passé Catane et nous ne nous arrêterons pas à Syracuse. Je ne tremperai pas mes mains dans l’eau de la Fontaine d’Aréthuse ; je ne verrai pas croître à l’entour les papyrus aux tiges rigides et aux houppes cotonneuses. Aux Latomies je ne confierai aucun secret à « l’oreille de Denys » et je n’en entendrai pas l’écho ; je ne remonterai pas le cours herbeux de l’Anapo ; je ne me pencherai pas sur la source bleue qui pleure encore les larmes que versa la Nymphe Cyané, quand Pluton eut enlevé Proserpine et en fit la reine taciturne de son royaume souterrain. Certes, j’ai quelque regret à ne pas aborder à ces lieux illustres, mais je ne suis pas de ces voyageurs dont la curiosité est si avide et si insatiable qu’elle les rend moroses quand ils n’ont pu la satisfaire entièrement. Ils en veulent à ce qu’ils voient de ce qu’ils ne ver-