Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/79

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où se balance le beau perroquet du bord. Agrippé de ses griffes à son bâton ou se livrant parfois, la tête en bas, à de savantes et audacieuses acrobaties, il semble se trouver fort bien du voyage et témoigne d’un magnifique appétit. Autour de lui s’éparpillent les graines et les coques qu’il brise de son bec crochu qui dépèce volontiers aussi les fruits qu’on lui présente ou le sucre qu’on lui propose. D’ailleurs, il se sent un personnage. Il est entouré d’une véritable cour. Les matelots, les stewarts, les femmes de chambre viennent lui faire leurs civilités. Parfois même le cuisinier lui rend visite. L’oiseau le regarde de son œil rond. Il ne redoute ni la broche ni la casserole. Souvent il étire une patte et ébouriffe ses plumes, mais il semble fort satisfait de sa vie marine. N’est-elle pas conforme à une sorte de tradition ? Combien de ses congénères n’ont-ils pas traversé les mers, rapportés en souvenir des contrées lointaines et qui finirent empaillés, entre deux coquillages exotiques, dans quelque petit port de Normandie ou de Bretagne, sur la cheminée de l’humble logis ou de la chaumière rustique devant laquelle se réchauffe les mains ou fume sa pipe quelque matelot ayant terminé son inscription ou quelque capitaine au long cours en retraite ? Ne fût-ce pas un de ces volatiles