Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/82

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ple de Junon Lécinienne, ces deux derniers sont les plus beaux et les mieux conservés. Sur l’escarpement qui le supporte, le temple de Junon Lécinienne dresse ses nobles colonnes à cannelures que le vent de la mer a rongées. En l’orgueil de sa ruine, l’antique monument demeure debout en face de l’horizon marin, de même que son égal en majestueuse et simple beauté, le temple de la Concorde dont les trente-quatre colonnes soutiennent encore leurs architraves et leurs frontons. Ailleurs le temps a fait plus complètement son œuvre de destruction ; aussi après avoir rendu hommage aux antiques pierres qui attestent encore de tant de grandeur abattue, nous sommes revenus vers les deux magnifiques survivants de l’héroïque cohorte et nous nous sommes assis à leur pied dans leur solitaire silence. Il aurait fallu, pour comprendre toute leur muette éloquence, connaître mieux que nous ne la savions l’histoire des vieux âges dont ils sont les témoins obstinés, mais en leur présence cependant, comment ne pas sentir la mélancolique leçon qu’ils nous proposent et ne pas se répéter les vers du poète :

Le temps passe. Tout meurt ; le marbre même s’use
Agrigente n’est plus qu’une ombre...

Comment ne pas se les redire, ces vers, tout