Page:Régnier - Escales en Méditerranée.djvu/83

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en cueillant quelques-unes des herbes déjà sèches qui poussent avarement de cette terre soufrée et qui ne sont guère plus éphémères que les plus ambitieux travaux par lesquels les hommes s’efforcent à se donner l’illusion de la durée et la chimère de l’éternité. Le temps passe, en effet, même au sommet de la roche au bas de laquelle coule l’Acragas et qui supporte en face de la mer horizontale les temples d’Agrigente.

Quand, aprês être montés jusqu’à Girgenti, nous en sommes descendus pour revenir à Porto-Empedocle, la chaleur s’était apaisée et la lumière s’était adoucie. Une grande paix enveloppait tout le paysage à l’approche du crépuscule. La voiture roulait sourdement. Sur le bord de la route, un chevrier, aux sons aigres d’une flûte, rassemblait son troupeau de chèvres blanches. Le guide que nous avions consigné auprès de la voiture durant la visite des temples avait repris sa place sur le siège. Nous l’avions presque oublié, quand, parvenus à Porto-Empedocle et arrivés au môle où la vedette nous attendait, se produisit une scène singulière. L’un de nous déposa dans la main de l’homme plus que ne valait, certes, son inutile conduite, mais à peine le pauvre diable eut-il considéré dans sa paume les monnaies d’or qui eussent dû représenter pour lui un