Page:Régnier - La Canne de jaspe, 1897.djvu/138

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Le souvenir d’Hermotime les mélangeait d’un peu de tristesse et de quelque ironie ; il retrouvait devant lui, sur le sable, des figures bizarres et irrégulières dont l’absent, la veille, tout en parlant, avait tracé la géométrie incohérente du bout de sa canne d’ébène : des lignes entrecroisaient leurs cercles brisés et leurs spirales analogues à celles que le petit serpent d’argent contournait à la poignée de la svelte épine noire.

Cette canne figurait presque une sorte de demi-caducée mondain dont Hermotime portait habituellement l’attribut, mais un des deux serpents commémoratifs manquait encore à l’emblème et le jeune sage semblait attendre l’occasion où s’en parachevât l’exactitude. Aussi, paraissait-il circonspect vis-à-vis de soi-même et cette précaution guindait sa grâce un peu austère à une gravité qui, pour être parfaitement élégante, n’allait pas sans quelque apprêt.

Hermas pensait à la sagesse d’Hermotime et en réentendre les propos. Chaque jour presque, les deux amis étaient venus jouir de ce beau jardin. Hermotime regrettait un peu que le château n’existât plus ; ses bibliothèques, ses cabinets de médailles, ses galeries de bustes