Page:Régnier - Les Médailles d’argile, 1903.djvu/151

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Le vin qu’à son crater épancha ton amphore ?

Va donc ! Coupe ton orge et moissonne ton blé.
Qu’importe où s’est enfui le Céleste Exilé
Qui levait, en menant la vendange et l’orgie,
Sa corbeille pourprée et sa serpe rougie !
Sois homme. Mange, bois, pleure et ris, tour à tour.
Le désir est plus bref que tu ne crois. L’Amour
Dure à peine le temps d’effeuiller une rose.
Prends la fleur. Mords au fruit. Vis à même les choses
Sans plus t’inquiéter de ce qui fut divin.

Mais je sens, ô mon fils, que je te parle en vain.

Ecoute moi. Entends. Je suis l’une de celles
Que les hommes jadis nommèrent Immortelles.
Seule encore je vois la moitié des saisons
Et l’éternel soleil grandir à l’horizon.
Les autres, avec moi, aux Enfers descendues,
Ombres pâles, en ont oublié les issues,
Moi seule encor je sais par quel détour obscur
On monte à la clarté du jour et vers l’azur,
Car je suis à la fois terrestre et souterraine
Et mon Royaume est double où je suis deux fois Reine
Tu l’as voulu. Reçois sur tes lèvres le grain
Du fruit mystérieux que je porte à la main ;