Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/107

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


La légitime possession de l’île de Terre-Neuve n’eût pas dû nous être contestée. Depuis Jacques Cartier et même avant lui les côtes de l’île et le banc qui l’avoisine étaient assidûment fréquentés par des barques françaises venues là pour la pêche toujours abondante de la morue. Néanmoins les Hollandais et les Anglais ne laissaient pas de nous envier cette vaste étendue de côtes et, dès 1583, un établissement anglais s’était fondé dans la baie de Saint-Jean, sur la côte orientale de l’île.

En 1662, la souveraineté de la France sur ces plages fut affermie par la construction d’un fort à Plaisance, dont le port, « l’un des plus beaux de l’Amérique, est la clef des mers qui baignent l’entrée du Canada[1]. »

L’Acadie, quoique le traité de Saint-Germain-en-Laye nous en eût rétrocédé la possession, était moins assurée dans nos mains. Après la mort du commandeur de Razilly, l’autorité s’était partagée entre ses lieutenants, Charles Delatour et Charles d’Aulnay. Mais des contestations assez vives s’élevèrent entr’eux au sujet des limites de leurs gouvernements respectifs, et la cour de Versailles dut intervenir pour régler ce différend. Par lettres patentes du 10 février 1638, d’Aulnay fut nommé « lieutenant-général du roi en la côte des Etchemins et gouverneur de Pentagouet (petit fort élevé à l’embouchure du Penobscot). » Il lui était défendu néanmoins de s’immiscer dans les affaires de l’habitation que possédait Delatour sur la rivière Saint-Jean. Celui-ci demeurait lieutenant-général du roi « en la côte d’Acadie, depuis le milieu de la baie française jusqu’au détroit de Canceau », sans avoir le droit de rien ordonner dans

  1. Dussieux. Op. cit., p. 49.