Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/169

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blonneux, mais d’Iberville avait été surtout préoccupé de maintenir ses communications par mer avec l’Europe et les îles françaises. Il projetait d’ailleurs de fonder d’autres établissements à Mobile, dans l’île Dauphine, et dans le pays des Natchez, sur les bords du Mississipi. Mais pour cela, il lui eût fallu plus de colons que la métropole ne lui en envoyait, car comment fonder des colonies sans colons ? La pire disette pour un pays, a écrit J.-J. Rousseau, est la disette d’hommes. Si cela est vrai partout, combien plus cette disette est-elle fatale à un pays qui veut se fonder !

Une occasion se présenta pourtant de parer à cette fatale pénurie, et quelle folie de l’avoir laissé perdre ! La révocation de l’édit de Nantes et les persécutions qui l’accompagnèrent avaient jeté sur les plages d’Amérique une foule de protestants qui n’avaient pas voulu renier leur foi en l’Évangile du Christ, et qui s’étaient résignés, pour sauvegarder les droits de leur conscience, à rompre les liens les plus chers. La première apparition des Huguenots dans la Nouvelle-Angleterre paraît remonter à 1662. On trouve, en effet, à cette date, dans les archives du Massachussets, un acte de la Cour générale qui accorde à Jean Toulon, médecin de La Rochelle et à plusieurs autres Huguenots obligés de fuir leur pays pour cause de religion, l’autorisation de s’établir dans la contrée[1].

  1. « En 1662, nous apprend M. de Richemond, archiviste à La Rochelle, les autorités françaises s’avisèrent d’imputer à crime à plusieurs armateurs rochelois d’avoir reçu des émigrants à bord de leurs navires et de les avoir conduits dans un pays qui relevait de la Grande-Bretagne. Ils furent condamnés à dix livres d’amende envers le Roi et à neuf cents livres d’aumônes, dont la sentence ap-