Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/195

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fondément la jeune colonie, et l’exposa aux désastres les plus déplorables. Des colons rassemblés à grands frais, plus de mille furent perdus avant l’embarquement à Lorient. Les vaisseaux qui portaient le reste ne firent voile des ports de France qu’en 1721, un an après la disgrâce du ministre qui ne put donner lui-même aucune attention à ce débris de sa fortune. Sa concession fut transportée à la compagnie. Celle-ci ne donna point d’ordre pour faire cesser l’acheminement des colons sur la Louisiane. Une fois en route, ces malheureux ne pouvaient s’arrêter et la chute du « système » les laissait sans moyens d’existence. On les entassa sans soin et sans choix dans des navires et on les jeta sur la plage de Biloxi ; d’où ils se transportèrent, comme ils purent, aux différents lieux qui leur étaient destinés. Plus de cinq cents personnes moururent de faim. L’ennui et les fatigues du climat, extrêmement chaud en été, en conduisirent beaucoup d’autres au tombeau. Une compagnie de troupes suisses qui avait reçu l’ordre de se rendre à la Nouvelle-Orléans, déserta et passa, officiers en tête, chez les Anglais de la Caroline[1]. Plus tard, (en novembre 1729), les Indiens Natchez massacreront, par surprise, 200 personnes de tout âge et de tout sexe. Bref, tous les malheurs semblaient s’être donnés rendez-vous sur ce coin de terre. Et néanmoins, par toutes ces racines qu’elle jetait dans un sol abreuvé de larmes, la nouvelle colonie prenait pied en Amérique ; plusieurs des établissements fondés alors, au milieu de toutes ces épreuves, subsistent encore aujourd’hui et quelques-uns sont devenus des villes considérables. Il est

  1. Raynal. — Garneau. — Gayarré.