Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/313

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On a vu plus haut, reproduite de l’historien Garneau, la double série de considérations qui sollicitait en sens contraire les Canadiens français, pendant la guerre de l’Indépendance américaine, les uns, surtout dans les rangs du peuple, tenant pour l’alliance avec les Américains contre les Anglais, les autres, dans les classes dirigeantes surtout, tenant pour la monarchie, même anglaise, contre ce qu’ils regardaient comme l’effort de révolutionnaires dont le triomphe serait redoutable pour leurs institutions et pour leur église.

La question se pose tout naturellement ici : De ces deux opinions, laquelle sauvegardait le mieux les intérêts et l’avenir de la race française en Amérique ? Valait-il mieux pour les Canadiens, et nous ajouterons si l’on veut : pour les Canadiens catholiques, quand le choix dépendait d’eux, entrer dans l’Union américaine et devenir un grand État dans la confédération des États-Unis, ou demeurer dans la dépendance de l’Angleterre avec l’espoir que cette dépendance serait un jour une protection pour la nationalité franco-canadienne elle-même contre l’absorption redoutable de la République voisine ?

Garneau, sur cette question, hésite à se prononcer et c’est tout juste si on peut entrevoir que ses sympathies étaient pour l’Union américaine. La plupart des autres historiens du Canada, surtout les historiens « conservateurs », se prononcent au contraire pour l’opinion qui a prévalu et vont jusqu’à déclarer qu’en repoussant les avances des États-Unis et en demeurant sujets britanniques, « les Canadiens obéissaient à l’instinct se-