Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/367

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désordre ou de rapine. Le gros de ces insurgés était alors à Saint-Eustache, au nord de Montréal ; ils s’étaient retranchés dans l’église et dans le presbytère, et s’étaient procuré des armes en enlevant aux Indiens des Deux-Montagnes leurs fusils et deux canons. Sir John Colborne décida de marcher de sa personne pour réduire ce dernier asile de l’insurrection : il n’emmenait pas moins de 8,000 hommes au dire d’un historien[1]. Il traînait aussi huit pièces de campagne à sa suite. À l’annonce de l’arrivée de ces forces imposantes, le camp de Saint-Eustache se réduisit encore par la défection et la fuite de plusieurs des insurgés, en sorte qu’il ne resta guère, autour du chef, le docteur Chénier, que 250 combattants déterminés. Sommés de se rendre, avec la promesse d’avoir la vie sauve, s’ils consentaient à livrer leurs chefs, ces hommes répondirent en commençant la fusillade. Le feu de l’artillerie assiégeante s’ouvrit alors contre l’église ou les insurgés s’étaient barricadés. Les assiégés répondaient par des décharges de mousqueterie. Mais bientôt le feu prit à l’édifice, qui, déjà ébranlé par le canon, menaçait de s’écrouler sur ceux qui l’occupaient. Plusieurs des assiégés tentèrent une sortie désespérée, mais ils furent tués — et parmi eux leur chef, le docteur Chénier, — dans le cimetière qui avoisine l’église. Ceux qui demeuraient partagèrent leur sort, les clochers de l’église s’effondrèrent et bon nombre de ces malheureux furent ensevelis sous les décombres. À peu près 110 morts et 105 prisonniers, tel fut le bilan de cette journée du côté des insurgés, tandis que les troupes n’eu-

  1. L.-N. Carrier. — Garneau parle seulement de 2,000 hommes.