Page:Réveillaud - Histoire du Canada et des canadiens français, de la découverte jusqu'à nos jours, 1884.djvu/5

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INTRODUCTION


Au lendemain de la fatale guerre de 1870-71, la France s’est, pour un temps, repliée sur elle-même, tout entière à la sensation amère de son désastre. La plaie était vive, douloureuse. La gloire de ses armes, sa prépondérance militaire jusque-là presque incontestée en Europe, ses prétentions à l’hégémonie de l’Occident, sa confiance en l’avenir, sa mission civilisatrice, tout semblait s’être effondré du même coup. Loin qu elle eût pu réaliser le rêve caressé par plus d’un patriote et ressaisir les limites de la vieille Gaule, — ces frontières du Rhin et des Alpes qu’elle ne retrouva un moment, pendant la Révolution, que pour les perdre presque aussitôt par l’effet de l’ambition effrénée de Napoléon, — le sabre des Tudesques vainqueurs faisait une échancrure sanglante dans sa frontière deux fois séculaire. Le traité de Francfort nous enlevait le trente-septième de notre territoire et le vingt-quatrième de nos hommes. Dure expiation — sans parler de la fleur de notre jeunesse fauchée dans les batailles — pour les erreurs et les abdications dont notre peuple acquérait, mais un peu tard, conscience ! Ce qu’on a appelé « la libération du territoire », honneur du gouvernement restaurateur de Thiers, n’était qu’une libération incomplète, et Victor Hugo, inter-