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chapitre xxiiii.


& ioyeulx veu. Ie me esbahys de vous, que ne retournez à vous mesmes, & que ne reuocquez vos sens de ce farouche esguarement en leur tranquillité naturelle. Vous entendent parler, me faidez souuenir du veu des Argiues à la large perrucque, les quelz ayans perdu la bataille contre les Lacedæmoniens en la controuerse de Tyrée, feirent veu cheueux en teste ne porter, iusques à ce qu’ilz eussent recouuert leur honneur & leur terre : du veu aussi du plaisant Hespaignol Michel Doris, qui porta le trançon de greue en sa iambe. Et ne sçay lequel des deux seroit plus digne & méritant porter chapperon verd & iausne à aureilles de lieure, ou icelluy glorieux champion, ou Enguerrant qui en faict le tant long, curieux, & fascheux compte, oubliant l’art & maniere d’escrire histoires, baillée par le philosophe Samosatoys. Car lisant icelluy long narré, lon pense que doibue estre commencement, & occasion de quelque forte guerre, ou insigne mutation des Royaulmes : mais en fin de compte on se mocque & du benoist champion, & de l’Angloys qui le deffia, & de Enguerrant leur tabellion plus baueux qu’vn pot à moustarde. La mocquerie est telle que de la montaigne d’Horace, laquelle crioyt & lamentoyt enormement, comme femme en trauail d’enfant. A son cris & lamentation accourut tout le voisinaige en expectation de veoir quelque admirable & monstrueux enfantement, mais en fin ne nasquit d’elle qu’vne petite souriz.

Non pourtant (dist Panurge) ie m’en soubrys. Se mocque qui clocque. Ainsi seray comme porte mon veu. Or long temps a que auons ensemble vous & moy, foy & amitié iurée, par Iuppiter Philios : dictez m’en vostre aduis. Me doibz ie marier, ou non ? Cer-