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LETTRES, DOCUMENTS.

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lesquels on trouve maintenant çà et là quelques rail- leurs, mais aussi leur indignation et leur bile, lors- qu’ils ne voudront plus supporter ce qui leur a été si longtemps imposé à force de fourberies et de ruses.

« Les naufragés, près de périr, qui se sont saisis d’une poutre, d’un vêtement, d’une paille, au mo- ment où le vaisseau se disjoignait et allait som- brer, tiennent ce débris dans leurs mains serrées, sans songer à nager, tranquilles pourvu qu’ils ne lâchent pas ce qu’ils ont dans les mains, jusqu’à ce qu’ils soient engloutis au fond du gouffre ; il en est à peu près de même de ces gens, nos amours : ils ont beau voir l’esquif du mensonge brisé et faisant eau de toute part, ils retiennent par force, par violence, les livres auxquels ils sont accoutumés dès leur enfance. Si on les leur arrache, ils croient qu’en même temps on leur arrache l’âme. Ainsi tandis que cette science du droit, dans laquelle tu excelles, en est arrivée là qu’il n’y a plus rien à désirer pour sa restauration, il est toute- fois encore des gens à qui l’on ne peut tirer des mains les gloses surannées des Barbares. Mais dans notre oiEcine de médecine, qui de jour en jour s’embellit davantage, combien en est-il qui s’efforcent d’atteindre un meilleur résultat.’^ Une chose est bonne cependant, c’est que dans presque toutes les classes on commence à sentir que certains hommes, qui sont parmi les mé- decins et passent pour tels, se trouvent, si on les exa- mine à fond, vides de science, de bonne foi et de pru- dence, mais pleins d’arrogance, d’envie et d’ordures. Ils font leurs expériences en tuant les gens (comme Pline s’en est plaint jadis ^) ; et par eux on est menacé d’un peu plus de péril que par la maladie elle-même. « Maintenant enfin ceux que recommande leur atta- chement à la médecine ancienne et épurée font leur chemin auprès des grands. Si cette opinion se fortifie et se répand, on verra bientôt réduits à la besace ce ?

I. Histoire naturelle, xxix, 8.