Page:Rabelais marty-laveaux 04.djvu/77

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


GARGANTUA, T. I, P. 12. 69

prouver Rabelais ? Que les prophéties sont incompré- hensibles et, par suite, susceptibles des interprétations les plus contradictoires. Si ce plaisant amphigouri avait un sens quelconque l’auteur aurait manqué son but. Autant vaudrait que dans Le Médecin malgré lui Sgana- relle donnât une consultation conforme aux règles de l’art de guérir, que dans Les Plaideurs le discours de Petit Jean fût un modèle de logique, et que dans la Physiologie du mariage de Balzac, compatriote et imi- tateur de Rabelais, l’indéchiffrable chapitre Des reli- gions et de la confession considérées dans leurs rap- ports avec le mariage composé de lettres confondues, mêlées et, comme on dit dans les imprimeries, tombées en pâte^ présentât un sens des plus nets et des mieux suivis. Dans tous ces morceaux une seule chose est amusante : ne point comprendre. Si l’on entrevoit un sens, tout agrément disparaît. L’Antiquité connaissait ce procédé comique. On lit dans Les Chevaliers d’Aris- tophane : « Ne laisse pas échapper ce que te promet l’oracle. — Que dit donc l’oracle ? — Il est, ma foi, rédigé en fort beau style d’énigme, aussi élégant que clair : « Quand l’aigle corroyeur aux serres crochues saisira dans son bec un dragon stupide, buveur de sang, ce sera fait de la piquante saumure à l’ail de Paphlagonie… » (Traduction de C. Poyard, Paris, Ha- chette, 1873, p. 53). A la fin de Gargantua, Rabelais nous présente encore un autre morceau du même genre, intitulé Enigme en prophétie, qu’il emprunte à Melin de S.-Gelays. Bien que le sens en soit un peu plus suivi, il reste néanmoins tellement obscur que Gargantua y peut voir avec vraisemblance « le decours & maintien de vérité diuine, » tandis que le moine y trouve tout simplement a vne defcription du leu de Paulme foubz obfcures parolles. » Enfin le chapitre XVIII du Tiers Hure nous montre Comment Pantagruel & Panurgc diuerfement expo/ent les vers de la Sibylle de Pan^ouft. L. 9 : Pefche^ le. C’est le texte des éditions anté- rieures et de Dolet. F.dit. de Juste : pefche le.