Page:Racan Tome I.djvu/221

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Quelquefois dans son cœur, quelquefois dans ses yeux ;
De ses plus beaux desseins tu fus toûjours complice,
Et preferois l’honneur de luy rendre service

À celuy de regir les hommes et les Dieux.

Quand ses jeunes attraits triomphoient des plus belles,
Combien as-tu de fois fendu l’air de tes ailes
Pour éclairer ses pas avecque ton flambeau ?
Et quand toute la cour admiroit ses merveilles,
Pour voir en tous endroits ses graces nompareilles,
Combien as-tu de fois arraché ton bandeau ?

Mais nos prosperitez sont de courte durée ;
Il n’est point ici-bas de fortune asseurée :
Elle changea bien-tost nos plaisirs en douleurs,
Quand, durant une paix en délices feconde,
La Seine, par la mort du plus grand roy du monde,
Vit rouler dans son lict moins de flots que de pleurs.

En vain lors les esprits envieux de sa gloire
Dégorgerent le fiel de leur malice noire
Pour luy ravir l’honneur dont il est revestu ;
L’équité de ses mœurs, qui luy servoit d’égide,
Fit qu’aprés ses travaux à la fin cet Alcide
Força mesme Junon d’admirer sa vertu.

Tel qu’un chesne puissant, dont l’orgueilleuse teste,
Malgré tous les efforts que luy fait la tempeste,
Fait admirer nature en son accroissement ;
Et son tronc venerable aux campagnes voisines
Attache dans l’enfer ses secondes racines,
Et de ses larges bras touche le firmament1.


1. Toute cette belle strophe est la reproduction entière d’un passage du 2e livre des Géorgiques, notamment de ces deux vers :

Æsculus in primis, quæ, quantum vertice ad auras
Æthereas, tantum radice in tartara tendit.