Page:Racan Tome I.djvu/226

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ODE BACHIQUE.
À M. Ménard, président d’Orillac.

Maintenant que du Capricorne
Le temps mélancolique et morne
Tient au feu le monde assiegé,
Noyons nostre ennuy dans le verre,
Sans nous tourmenter de la guerre
Du tiers état et du clergé.

Je sçay, Ménard, que les merveilles
Qui naissent de tes longues veilles
Vivront autant que l’univers ;
Mais que te sert-il que ta gloire
Se lise au temple de Memoire
Quand tu seras mangé des vers ?

Quitte cette inutile peine,
Beuvons plûtost à longue haleine
De ce nectar délicieux,
Qui pour l’excellence precede
Celuy mesme que Ganimede
Verse dans la coupe des Dieux.

C’est luy qui fait que les années
Nous durent moins que des journées ;
C’est luy qui nous fait rajeunir
Et qui bannit de nos pensées
Le regret des choses passées
Et la crainte de l’avenir.

Beuvons, Ménard, à pleine tasse ;
L’âge insensiblement se passe,