Page:Racan Tome I.djvu/239

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Changez en marests inutiles,
Cela ne m’offenseroit pas,
Si ton impetueuse rage
Ne s’opposoit point au voyage

Où l’amour conduisoit mes pas.

Si quelque vain desir de gloire
Te donne une jalouse ardeur
D’imiter la Seine ou la Loire
En leur admirable grandeur,
Lorsque, lassé de ton audace,
Changeant ta colere en bonace,
Tu rentreras dans ton berceau,
L’on t’appellera temeraire
De voir qu’en ton cours ordinaire
Tu n’es plus qu’un petit ruisseau.

Ô pere ingrat à mes prieres !
Pourquoy m’es-tu si rigoureux ?
Autrefois les dieux des rivieres
Comme moy furent amoureux.
L’œil de la belle Dejanire
Fait qu’encore aujourd’huy soupire
Et brusle dans son froid sejour
Ce pauvre fleuve, triste et morne,
Oui predit avecque sa corne
L’esperance de son amour.

L’on voit encore en la Sicile
Celuy qu’un beau feu consumoit,
À qui rien ne fut difficile
Pour joüir de ce qu’il aimoit ;
Et peut-estre cette inhumaine
Qui donne à mon cœur tant de peine
Blesse le tien des mesmes traits,
Quand ses yeux, où l’amour reside,
Viennent dans ton cristal liquide
Prendre conseil de leurs attraits.