Page:Racan Tome I.djvu/240

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C’est d’où vient la jalouse envie
Qui s’oppose à mes volontez :
Pour joüir tout seul de Sylvie,
Tu l’enfermes de tous costez.
Ces beaux astres de qui les flâmes
Captivent tant de belles ames
Sont captifs dans une maison,
Et semble qu’en tes bras humides,
À l’exemple des Aloïdes,
Tu tiennes les dieux en prison.

Mais toutes mes plaintes sont vaines :
Le bruit de ses flots irritez1,
Qui vont grondant parmi les plaines,
Garde mes cris d’estre écoutez.
Il faut, sans plus longue demeure,
Ou que je passe, ou que je meure.
Puisque l’excez de mes douleurs
Aucune tréve ne m’octroye,
Autant vaut-il que je me noye
Dans ce fleuve que dans mes pleurs.


ODE.

En l’excessive ardeur de ma perseverance,
—————D’une belle esperance
L’amour essaye en vain de consoler mes pleurs ;
Mais ne sçait-on pas bien qu’il a cette coutume
—————De sucrer l’amertume,
Et que tous ses filets sont tendus sous des fleurs ?


1. On lit dans l’édition de Coustelier tes flots ; le recueil de Fontenelle porte ces flots ; celui de 1638, fait du vivant de Racan, porte ses flots, et c’est ce qui nous a semblé la véritable leçon. En effet, l’éditeur de 1724 a été visiblement entraîné par la direction principale de la pièce, dont toutes les