Page:Racan Tome I.djvu/271

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Il ne va point foüiller aux terres inconnuës,
À la mercy des vents et des ondes chenuës,
Ce que Nature avare a caché de tresors,
Et ne recherche point, pour honorer sa vie,
De plus illustre mort, ny plus digne d’envie,
Que de mourir au lit où ses peres sont morts.

Il contemple du port les insolentes rages
Des vents de la faveur, auteurs de nos orages,
Allumer des mutins les desseins factieux,
Et voit en un clin d’œil, par un contraire eschange,
L’un deschiré du peuple au milieu de la fange,
Et l’autre à mesme temps eslevé dans les cieux.

S’il ne possede point ces maisons magnifiques,
Ces tours, ces chapiteaux, ces superbes portiques,
Où la magnificence estale ses attraits,
Il jouit des beautez qu’ont les saisons nouvelles,
Il voit de la verdure et des fleurs naturelles,
Qu’en ces riches lambris l’on ne voit qu’en portraits.

Croy-moy, retirons-nous hors de la multitude,
Et vivons desormais loin de la servitude
De ces palais dorez où tout le monde accourt.
Sous un chesne eslevé les arbrisseaux s’ennuyent,
Et devant le soleil tous les astres s’enfuyent,
De peur d’estre obligez de luy faire la court.

Aprés qu’on a suivy sans aucune asseurance
Cette vaine faveur qui nous paist d’esperance,
L’envie en un moment tous nos desseins destruit.
Ce n’est qu’une fumée, il n’est rien de si fresle ;
Sa plus belle moisson est sujette à la gresle,
Et souvent elle n’a que des fleurs pour du fruit.

Agreables deserts, sejour de l’innocence,
Où loin des vanitez, de la magnificence,
Commence mon repos et finit mon tourment ;
Valons, fleuves, rochers, plaisante solitude,