Page:Racan Tome I.djvu/280

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Et toutes ces beautez de qui j’estois charmé

À ce nouveau soleil ne servoient que d’aurore.

Vous qui fustes jadis mon aimable soucy,
Ne vous offensez point lors que je vante ainsi
Celle qui sur mon cœur a le pouvoir supresme.

C’est une impieté de me croire menteur.
Sçachez que par ma voix Amour le dit luy-mesme,
Et qu’un dieu ne peut estre ignorant ny menteur.


SONNET.

Seul objet de mes yeux dont mon ame est ravie,
À combien de malheurs me dois-je preparer,
Puisqu’aucune raison ne sçauroit moderer
Vostre extrême rigueur ny mon extrême envie !

Depuis que vous tenez ma franchise asservie,
Je n’ay fait jour et nuit que plaindre et soupirer,
Et semble que jamais je ne doive esperer
La fin de mon tourment qu’en la fin de ma vie.

Quand j’implore vostre ayde au fort de mes douleurs,
Avecque ces discours accompagnez de pleurs,
Veritables tesmoins de l’ennui qui me touche,

Si vostre jugement n’est point hors de son lieu,
Souvenez-vous qu’Amour vous parle par ma bouche,
Et qu’en me refusant vous refusez un dieu.