Page:Racan Tome I.djvu/398

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Et ce qui porte leur marque

Demeure éternellement.

(Mes amis me feroyent grande charité s’ils prenoient la peine de mettre, au lieu du Boristhène et de la Vistule, les noms de deux rivières de Suède. Je ne suis pas assez habile homme pour les trouver dans la carte ; et c’est pourtant mon dessein de dire que la Pucelle a esté lue en Suède avant que l’on eust su que j’eusse basty sur les bords de la Sarte et de la Meine.)

Oui, certes, ce sont les seules Muses qui nous donnent à l’éternité une gloire que nous ne partageons avec personne. C’est par elles que les grandes actions égalent leur estendue et leur durée à celle de l’univers. Les César et les Alexandre, qui avoyent couvert la terre de leurs armes, ne l’eussent pas couverte de leur renommée sans le secours des Muses, et cinquante batailles qu’ils avoient gagnées et un million d’hommes qu’ils avoient mis au tombeau n’en eussent pas garanti leur mémoire, si l’histoire n’eust pris le soin de la défendre de l’oubly.

La fumée des vins nouveaux que je venois de quitter m’avoit endormy en cet endroit. À mon réveil, je me suis souvenu que M. Conrart m’avoit convié de mettre par escrit les petites friponneries de ma jeunesse, dont je l’ay quelquefois entretenu. Afin de témoigner que je veux faire quelque chose d’extraordinaire pour satisfaire à la curiosité d’un si bon amy, je me suis résolu de les mettre en vers. Je vous demande à tous trois le reste de ce papier pour les escrire, et le temps de les faire, car je vous confesse ingénuement,