Aller au contenu

Page:Rachilde - Le Dessous, 1904.djvu/92

La bibliothèque libre.
Cette page n’a pas encore été corrigée

que dominaient la pourriture et le silence.

Les espèces des insectes, elles aussi, avaient changé. On trouvait de singuliers moustiques, en nuées épaisses, battant les eaux troubles de leurs ailes molles. Ils ne piquaient pas, mais tombaient en pluie sur les fruits ou les viandes, y devenaient subitement de petits vers grouillants et corrupteurs. Des sauterelles énormes, noirâtres, produisaient des larves dégoûtantes, des pucerons à trompes éléphantines dévoraient les légumes en y introduisant des sucs vénéneux. Sur les salades, d’un vert métallique, monumentales, des chenilles et des lombrics, d’aspects inconnus, se donnaient rendez-vous, bavant du venin. On commençait à ne plus vouloir manger de ces légumes, autour de Flachère, c’était le potager maudit, un vaste cimetière où brillaient déjà les feux follets de la légende, tout le phosphore des imaginations surexcitées, révoltées.

Les pétitions ne prouvaient rien. Les émigrations pas davantage. On n’était jamais les plus influents. Le gouvernement même n’était pas le plus fort. Il subissait, comme le reste du monde, la contagion du progrès. Pour nettoyer une ville, il lui fallait salir la campagne, et on ne pouvait pas lui demander d’assassiner les riches Parisiens