Page:Racine - Abrégé de l’histoire de Port-Royal, éd. Gazier, 2e éd.djvu/33

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


la conduite de la Mère Agnès, dont j’ai parlé. Elle était plus jeune de deux ans que la Mère Angélique, et avait été faite abbesse aussi jeune qu’elle ; mais Dieu l’ayant aussi éclairée de fort bonne heure, elle avait remis au roi l’abbaye de Saint-Cyr, dont elle était pourvue, pour vivre simple religieuse dans le couvent de sa sœur. Mais la Mère Angélique, pleine d’admiration de sa vertu, avait obtenu en 1620 qu’on la fît sa coadjutrice. C’est cette Mère Agnès qui a depuis dressé les constitutions de Port-Royal, approuvées par M. de Gondy, archevêque de Paris. L’on a aussi d’elle plusieurs traités très édifiants, et qui font connaître tout ensemble l’élévation et la solidité de son esprit.

Lorsque la Mère Angélique se préparait à partir de Maubuisson, trente religieuses, qui avaient fait profession entre ses mains, se jetèrent à ses pieds, et la conjurèrent avec beaucoup de larmes de les emmener avec elle. L’abbaye de Port-Royal était fort pauvre, n’ayant été fondée, comme j’ai dit, que pour douze religieuses. Le nombre était alors considérablement augmenté ; et ces trente filles de Maubuisson n’avaient à elles toutes que cinq cents livres de pension viagère. Cependant la Mère Angélique ne balança pas un moment à leur accorder leur demande. Elle se contenta d’en écrire à la Mère Agnès ; et, sur sa réponse, elle les fit même partir quelques jours devant elle.