Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/135

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j’irai tout droit au ciel ; ma pauvre femme y est avant moi. Le soir au clair de la lune, je crois la voir errer près de ces bois qu’elle aimoit tant. Croyez-vous, monsieur, que nous puissions visiter la terre, quand nous aurons quitté nos corps ?

Emilie ne put contenir davantage l’effusion de son triste cœur ; ses larmes brûlantes arrosèrent les deux mains de son père. Saint-Aubert fit un effort, et prononça d’une voix basse : J’espère qu’il nous sera permis de considérer d’en-haut ce que nous laisserons sur la terre ; mais je puis seulement l’espérer. L’avenir est fermé pour nous ; la foi et l’espérance y doivent être nos seuls guides. On ne nous oblige point à croire que nos âmes délivrées du corps pourront veiller sur les amis qu’elles auront chéris, mais nous pouvons l’espérer sans crime. C’est un espoir que je n’abandonnerai jamais, continua-t-il en essuyant les larmes de sa fille ; il adoucit l’amertume de la mort. Il pleuroit en parlant de la sorte ; Voisin pleuroit aussi. Il se fit un fort long silence. Voisin releva l’entretien. Croyez-vous, monsieur, qu’on rencontre dans l’autre vie les parens qu’on a aimés dans ce monde ? je voudrois bien croire cela. — N’en doutez pas, lui répliqua Saint-Au-