Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/192

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souvenir, elle quitta le platane ; et s’appuyant sur le mur de la terrasse, elle vit un groupe de paysans, dansant gaîment aux bords de la Garonne, dont la vaste étendue réfléchissoit les derniers rayons du jour. Quel contraste ils formoient avec Emilie malheureuse et désolée ! Elle se détourna ; mais hélas ! où pouvoit-elle aller sans rencontrer des objets faits pour agraver sa douleur !

Elle revenoit lentement à la maison, quand elle rencontra Thérèse. — Ma chère demoiselle, lui dit-elle, je vous ai cherchée par-tout depuis une demi-heure, et je craignois qu’il ne vous fût arrivé quelque chose. Comment pouvez-vous vous promener ainsi seule à cette heure ? Rentrez à la maison, pensez à ce que diroit mon pauvre maître, s’il pouvoit vous voir. Quand notre chère dame mourut, on ne pouvoit sentie plus d’affliction qu’il n’en avoit, et pourtant à peine il pleura.

— Je vous prie, Thérèse, laissez-moi, dit Emilie ; l’intention étoit excellente, mais la harangue étoit mal choisie. Thérèse néanmoins n’étoit pas d’un caractère à se taire aussi aisément. — Quand vous vous désoliez si fort, ajouta-t-elle, ne vous disoit-il pas combien vous aviez tort, et que