Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/204

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Emilie regardoit cette peinture ; elle ne concevoit pas l’attrait qu’elle trouvoit à la contempler, et le mouvement d’amour et de pitié qu’elle ressentoit en elle. Des boucles de cheveux bruns jouoient négligemment sur un front découvert ; le nez étoit presque aquilin. Les lèvres sourioient, mais c’étoit avec mélancolie ; ses yeux bleus se levoient au ciel avec une langueur aimable, et l’espèce de nuage répandu sur toute sa physionomie, sembloit exprimer la plus vive sensibilité.

Emilie fut tirée de la rêverie profonde où ce portrait l’avoit jetée, en entendant retomber la porte du jardin : elle reconnut Valancourt qui se rendoit au château ; elle resta quelques momens pour se remettre. Quand elle aborda Valancourt au salon, elle fut frappée du changement qu’elle remarqua sur son visage depuis leur séparation en Roussillon ; la douleur et l’obscurité l’avoient empêchée de s’en appercevoir la veille : mais l’abattement de Valancourt céda à la joie qu’il ressentit de la voir. Vous voyez, lui dit-il, j’use de la permission que vous m’avez accordée : je viens vous dire adieu, et c’est hier seulement que j’ai eu le bonheur de vous rencontrer.

Emilie sourit foiblement, et, comme