Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/26

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repas toute la douceur du sentiment ; l’aimable famille sembloit retrouver le bonheur sous ces heureux ombrages. Monsieur Saint-Aubert causoit avec une singulière gaîté : chaque objet ranimoit ses sens ; l’aimable fraîcheur, la jouissance qu’apporte la première vue de la nature, après la souffrance d’une maladie et le séjour d’une chambre à coucher, ne peuvent sans doute, ni se concevoir, ni se décrire dans l’état de santé parfaite ; la verdure des bois et des pâturages, la variété des fleurs, la voûte bleue du ciel, le parfum de l’air, le murmure des eaux, le bourdonnement des insectes de nuit, tout semble alors vivifier l’ame, et donner du prix à l’existence.

Madame Saint-Aubert, ranimée par la gaîté et la convalescence de son époux, oublia son indisposition personnelle : elle se promena dans les bois et visita les situations romantiques de cette retraite ; elle conversoit avec Saint-Aubert, avec sa fille, et les regardoit souvent avec un degré de tendresse qui faisoit couler ses larmes. Saint-Aubert qui s’en apperçut, lui reprocha tendrement son émotion : elle ne pouvoit que sourire, serrer sa main, celle d’Emilie, et pleurer davantage. Il sentit que l’enthousiasme du sentiment lui devenoit presque