Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/36

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combré d’arbres, ajouta Quesnel, mais je compte l’éclaircir.

— Vous couperez les arbres, dit Saint-Aubert ?

— Assurément, et pourquoi pas ? ils masquent la vue ; il y a un vieux châtaignier qui étend ses branches sur tout un coté du château, et couvre toute la face du coté du sud ; on le dit si vieux, que douze hommes tiendroient dans le creux de son tronc ; votre enthousiasme n’ira pas à prétendre qu’un vieil arbre sans agrément, ait sa beauté ou son usage.

— Bon dieu ! s’écria Saint-Aubert, vous ne détruirez pas ce majestueux châtaignier qui a vu tant de siècles, et qui faisoit l’ornement de la terre ! Il étoit déjà grand, quand la maison même fut bâtie ; souvent, dans ma jeunesse, je gravissois jusqu’à ses branches ; là, perdu entre ses feuilles, la pluie pouvoit tout inonder, sans qu’une seule goutte m’atteignît. Combien d’heures j’y ai passées, un livre à la main !

— Mais, pardonnez-moi, ajouta Saint-Aubert, en se rappelant qu’on ne pouvoit l’entendre, ni le concevoir, je parle du vieux temps. Mes sentimens ne sont plus de mode, et la conservation d’un arbre vénérable n’est pas plus qu’eux, au ton du jour.