Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/49

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Quand la voiture entra dans la forêt qui entouroit son ancien patrimoine, et qu’il découvrit l’avenue de châtaigniers et les tourelles du château, au souvenir des événemens qui s’étoient écoulés dans l’intervalle, à la pensée que le possesseur actuel ne savoit ni respecter ni apprécier un pareil bien, Saint-Aubert soupira profondément. À la fin il entra dans l’avenue ; il revit ces grands arbres, les délices de son enfance, et les confidens de sa jeunesse. Peu à peu l’édifice développa sa massive grandeur. Il vit la grosse tour, la porte voûtée, le pont-levis, et le fossé à sec qui entouroit tout l’édifice.

Le bruit de la voiture attira une troupe de domestiques au perron. Saint-Aubert descendit, et conduisit Emilie dans une salle gothique ; mais les armes, les anciennes bannières de la famille ne la décoroient plus. La boiserie de cœur de chêne, les poutres qui traversoient le plafond, étoient peintes de blanc. L’énorme table où le seigneur déployoit tous les jours sa magnificence hospitalière, où les éclats de rire, les chants joyeux avoient si souvent retenti, cette table n’y étoit plus ; les bancs même qui entouroient la salle étoient enlevés. Ses murs épais n’étoient couverts