Page:Radcliffe Chastenay - Les Mysteres d Udolphe T1.djvu/92

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qu’ils avoient quittée. La lumière argentine qui en découvroit les fonds, reflétoit sur les rocs et les bois de la gauche, et contrastoit avec les ténèbres, dont les bois à la droite étoient comme enveloppés. Leurs sommets seulement étoient illuminés par places ; le reste du vallon se perdoit au sein d’un brouillard, dont le clair de lune même ne servoit qu’à épaissir la teinte. Les voyageurs furent quelque temps à contempler ce bel effet.

De pareilles scènes, dit Valancourt, charment le cœur comme les accords d’une musique douce ; quiconque a savouré une fois la mélancolie qu’elles inspirent, ne voudroit pas en changer l’impression contre celle des plus vifs plaisirs. Elles réveillent nos plus purs sentimens ; elles disposent à la bienveillance, à la pitié, à l’amitié. « Ceux que j’aime, il m’a toujours paru les aimer mieux à cette heure-ci ». Sa voix trembla, et il fit une pause.

Saint-Aubert ne disoit rien. Emilie vit tomber une larme sur la main qu’elle pressoit dans les siennes. — Elle devina bien sa pensée ; la sienne aussi s’étoit reportée aux touchans souvenirs de sa mère. Mais Saint-Aubert la ranimant : Oh oui ! dit-il en retenant un soupir, la mémoire de ceux