Page:Rambaud, Histoire des doctrines économiques, 1909.djvu/771

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remonte à l’école de Lamennais. Au lendemain de 1830, ce groupe avait pour organe le fameux journal l’Avenir : c’était particulièrement de Coux qui y faisait les articles d’économie politique, en reprochant aux économistes de n’avoir envisagé que le problème de la production des richesses et d’avoir négligé celui de la répartition[1]. On connaît la condamnation dont cette école fut l’objet, par la célèbre Encyclique Mirari vos de Grégoire XVI, du 15 août 1832. L’Avenir disparut, l’école se dispersa, et les hommes brillants qui lui avaient donné son éclat, comme de Lamennais, Lacordaire et de Montalembert, poursuivirent la route de leur vie par les chemins les plus opposés. Tous cependant ne modifièrent pas leurs sentiments, et nous avons déjà signalé la persistance de ces opinions dans le mouvement socialiste chrétien de 1848[2].

C’est dans le Règne social du Christianisme de Huet que le courant d’opinion se manifesta avec le plus de clarté et d’énergie.

Huet est un croyant et parle en convaincu ; il possède d’une manière remarquable les textes de l’Écriture et ceux-ci se pressent à chaque instant sous sa plume ; il a foi dans la divinité du Christ et dans l’efficacité de la Rédemption ; bien plus, quoique épris de l’idéal de 1789 et des principes de liberté, d’égalité et de fraternité, il n’a pas même pour la conception théocratique de la société du moyen

  1. R. P. Lecanuet, Montalembert, sa jeunesse, 1895, ch. viii, pp. 176 et s. — « Lamennais, dit M. de Girard, fut, à proprement parler, le premier préoccupé de rasseoir la domination de l’Église sur la société… C’est un précurseur, parce qu’il a appelé l’intervention de l’Église sur le terrain économique à une époque où personne ou presque personne n’avait encore parlé ce langage.. Il inscrivit les revendications ouvrières au programme de l’Avenir et demanda au Pape de se faire le porte-voix de ces revendications » (De Girard, Introduction historique sur le mouvement social catholique, dans Ketteler et la question ouvrière, pp. 20 et 117).
  2. Le R. P. Maumus, 0. P. (l’Église et la France moderne, 1897, p. 78) : « L’idée fondamentale et singulièrement féconde du célèbre journal, c’est-à-dire l’alliance de l’Église et des peuples, l’accord entre le catholicisme et la démocratie, est triomphante aujourd’hui : car les catholiques s’efforcent de réaliser ce qui fut le rêve des rédacteurs de l’Avenir. »