Page:Ramuz - La beauté sur la terre, 1927.djvu/210

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— C’est des amis que vous avez, ils voudraient vous garder près d’eux. Ils m’ont demandé de les aider, ils croient que je vais les aider. Il y aura une fête, oui, de dimanche en huit, le 15… Ils m’ont dit de vous y amener. Ils disent qu’ils s’arrangeront pour que Rouge ne vous voie pas partir, et une fois là-bas… J’ai dit que oui… Vous comprenez pourquoi… J’ai dit que oui et ils comptent sur moi… Et je vous amène et ils croient qu’ils vous emmèneront ; mais, moi, je ferai mon paquet, et, vous, vous ferez votre paquet, et on s’en ira dans le monde…

C’est ce qu’il dit encore sous les fougères de nacre, sous les belles fleurs de pêcher, dans le grand soufflet de cuir rouge : un instrument de douze basses et les touches sont en argent ; — elle regarde autour d’elle dans le monde, et la musique ira devant.

Elle a levé la tête, sans avoir bougé ses mains ; et sans l’avoir regardé, lui, elle regarde : on ira dans le monde, on ne dérangera personne, on ne sera pas dérangé.

Un sourire lui vient. On ne dérange pas l’oiseau, ici, bien au contraire ; l’oiseau se croit dans la société de l’oiseau. On entend le pinson, qui se laisse tromper, et, sitôt l’air fini, il 1e reprend là-haut et il répond ; ou la fauvette ou la mésange. On ira dans le monde ; on fera chanter les oiseaux.

Elle s’était mise à sourire ; lentement le sourire gagne dans son visage qu’elle a enfin tourné vers lui :