Page:Raynal - Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes, v1.djvu/43

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’Europe par la force & l’ignorance des nations du Nord, devoit néceſſairement perpétuer ce préjugé d’un orgueil barbare. Nos pères inſenſés prirent pour baſe de leurs gouvernemens, un principe deſtructeur de toute ſociété, le mépris pour les travaux utiles. Il n’y avoit de conſidérés que les poſſeſſeurs des fiefs, & ceux oui s’étoient diſtingués dans les combats. Les nobles étoient, comme on fait, de petits ſouverains qui abuſoient de leur autorité, & réſiſtoient à celle du prince. Les barons avoient du faſte & de l’avarice, des fantaiſies, & fort peu d’argent. Tantôt ils appelloient les marchands dans leurs petits états, & tantôt ils les rançonnoient. C’eſt dans ces tems barbares que ſe font établis les droits de péage, d’entrée, de ſortie, de paſſage, de logemens, d’aubaines, d’autres ppreſſions ſans fin. Tous les ponts, tous les chemins s’ouvroient ou ſe fermoient, ſous le bon plaiſir du prince ou de ſes vaſſaux. On ignoroit ſi parfaitement les plus ſimples élémens du commerce, qu’on avoit l’uſage de fixer le prix des denrées. Les négocians étoient ſouvent volés, & toujours mal payés par les chevaliers & par les barons.