Page:Raynaud - La Mêlée symboliste, I, 1918.djvu/34

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ses fortes apparences, faisait entendre un chant vaillant. Ce moribond se raccrochait à la vie, qu’il sentait lui échapper avec toute l’énergie du désespoir. Il cherchait à se faire illusion en n’évoquant que des solidités fermes, des chairs de marbre et des muscles d’airain. Il ne célébrait que des femmes colosses :


C’était une pyrénéenne
A l’encolure herculéenne.


et, pour ajouter à la vigueur de l’image, il enflait l’ouragan de sa voix dont les vitres tremblaient.

Le poète-peintre-sculpteur Georges Lorin nous initiait à la primeur d’un volume en cours, Paris-Rose. C’étaient des impressions de flâneur mélancolique à travers les rues, le soleil, les sourires, le bariolage des affiches et les toilettes.

Ajalbert, « trapu et fleuri », rêvait d’être le Raffaelli du vers et nous induisait, selon le vœu réaliste, au charme aigrelet des terrains vagues et des paysages pelés des bords de Seine à Asnières. Il imitait à merveille l’aspect âpre et dur des choses — par un temps d’hiver :


Chaque arbre a l’air d’un long balai debout dans l’air.


Haraucourt, hautain et résolu, brandissait, d’une voix impérative, des morceaux de l’Ame nue qui rappelaient Corneille par l’écorce, et