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HISTOIRE D’UNE MONTAGNE.

sieurs lieues ; on dirait des étages superposés par la main de quelque architecte géant.

Toutefois, ces neiges passagères d’été, qui enveloppent la montagne comme d’un voile, et qui, loin d’en cacher les formes, les révèlent, au contraire, dans leurs plus petits détails, sont, pour ainsi dire, une coquetterie de la nature. Elles disparaissent bientôt des collines inférieures et des monts avancés ; chaque jour les rayons du soleil en font remonter la limite vers les cimes ; même par les belles journées, il arrive que, d’heure en heure, on peut suivre du regard les progrès de la fusion. Chacun des ravins qui découpent à mi-hauteur les flancs de la montagne présente un versant déjà débarrassé de neiges, celui qu’éclaire librement le soleil du midi, et un autre versant d’une blancheur éclatante, celui qui se tourne vers l’horizon du nord. Puis cette pente elle-même dégage ses gazons et ses roches ; il ne reste plus de la chute estivale des neiges qu’un petit nombre de flaques graduellement rétrécies, traces des avalanches en miniature qui ont rempli les creux des gorges. Ces flaques se mêlent à la terre, aux cailloux, et le ruisseau